2001 - 2002 I TERRES CUITES

Axel Cassel
Galerie LOEB – Paris – avril 2001

Les capsules séminales de pavot qui sèchent sur le coin, du bureau, dans l’atelier, comme les quatorze espèces de bambous plantées au fond du jardin, derrière l’atelier, nourrissent aujourd’hui les recherches d’Axel Cassel avec autant de force qu’autrefois ses voyages, en pays Lobi ou en Papouasie.

La terre qu’il travaille en ce moment, qu’il patine avec le limon de la rivière coulant le long de l’atelier, est à l’origine d’une nouvelle série de sculptures. Verticales, rythmées, rondes : il y est question d’axe, de croissance et de plénitude. Il s’agit de présence, d’énergie, de fertilité.

Les premières œuvres de la série sont aussi inspirées par les jeux que l’artiste partage avec ses trois enfants. Tout comme, il y a quelques années, le mikado et le diabolo, c’est la toupie, dette fois, qui ramène Cassel à ce qu’il nomme, en se référant à l’école du Bauhaus, «la logique intrinsèque de la forme», il s’agit d’équilibre et de pureté.

Depuis, 1999, il tourne ou façonne des coupes d’argile, les assemble ; les cuit. Au sommet de chacune des puissantes colonnes ainsi conçues, une tête sur-modelée, tel un point sur un « i », rappelle qu’en matière de sculpture seule importe à Cassel la définition de l’humanité.

La tête, petite, est dotée d’une grande sérénité. On songe au sourire d’Apollon, à celui de Bouddha. «J’aime l’épure. Le minimum», dit l’artiste. «Jai juste envie de montrer le fait d’être au monde».

Vide ces sculptures ? Pas plus que les trous que Cassel creusait dans le chantier des Halles, à Paris, en 1982, pour y enfouir les reliques et les effigies d’ancêtres imaginaires. Tous les tourments du monde actuel semblent pouvoir entrer dans les formes nouvellement conçues, tant chacun des orifices de leurs visages fait figure de puits. De filtre. Au sein de chacune de ces œuvres, s’égoutte, de coupe en coupe, la réalité. Aspirée, distillée, elle se transforme en poussière. Ce faisant, elle provoque de la lumière.

(…) « C’est ainsi qu’il entra et qu’il me entrer
Dans le cercle premier qui entoure l’abîme,
Là, pour autant que l’on pouvait entendre,
Il n’était pas de cris, mais rien que des soupirs,
Lesquels faisaient frémir l’air éternel.
Cela naissait du chagrin sans tourment » (…)*.

Françoise Monnin, Paris ; janvier 2001.



* Dante in La Divine Comédie, « CHANT QUATRIÈME : Premier cercle d’Enfer, les Limbes ».